Envie de rentrer chez moi, je suis parti pour ‘le petit Canada’ – un pays des merveilles de beauté naturelle à quelques heures de Paris


Rien ne vous fait plus envie de rentrer chez vous que de ne pas pouvoir y retourner. Après de nombreux mois confinés dans un petit appartement parisien en raison de restrictions de voyage liées à une pandémie, j’avais réussi un rapide voyage de retour à Toronto cet été, mais le bref retour n’a fait qu’augmenter mon désir pour le Canada, un désir amplifié par les scènes automnales alléchantes remplissant mon social flux de médias.

Mais avant de réserver un vol coûteux de dernière minute pour Pearson, une idée m’a traversé l’esprit : je n’avais pas besoin de sauter dans un avion pour retrouver un avant-goût de chez moi. Quelques heures de route me mèneraient au « petit Canada », le Parcs Naturels Régionaux du Morvan.

Situé à 220 kilomètres au sud-est de Paris, ce coin moins connu de la Bourgogne est devenu en 1970 l’un des premiers Parc Naturel Régional de France, une zone rurale protégée d’une beauté naturelle exceptionnelle, comprenant à la fois des terres privées et publiques.

Une scène champêtre dans le Parc Naturel Régional du Morvan.

Les 2 999 kilomètres carrés du Morvan englobent des lacs aux eaux cristallines, des rivières vierges, des champs vallonnés et des forêts denses – connus pour être particulièrement radieux en automne. Ajoutez une cabane en bois surplombant l’un de ces lacs sereins et vous obtenez l’image parfaite que les Français ont du Canada. C’est leur rêve canadien. Le Morvan s’en rapproche le plus, ce qui lui a valu le surnom de « Petit Canada ». Pourrais-je assouvir mon appétit pour la maison là-bas?

Fin octobre, je me suis lancé dans ma quête, accompagné d’un ami amoureux de la nature, là où bien d’autres l’avaient fait depuis des siècles : aux portes du parc et de son site le plus célèbre, Vézelay. Le beau village et sa basilique Sainte-Marie-Madeleine, vieille de 870 ans, sont assis sur la colline éternelle, la colline éternelle. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, il est depuis le XIIe siècle un point de départ du chemin de pèlerinage du Chemin de Saint-Jacques.

«Ce lieu était considéré comme sacré dès les Gaulois», explique Christopher Kelly, guide à la Maison du Visiteur, un centre d’accueil de Vézelay. « Le Morvan n’est qu’une énergie, une invitation à être qui vous êtes.

L'un des lacs sereins qui caractérisent le Morvan, surnommé "le petit Canada."

Ses paroles résonnent dans ma tête alors que je me tiens sur la terrasse panoramique derrière la basilique, les yeux rivés sur le seuil du Morvan. Je commence à me demander si mon voyage ne consiste pas simplement à admirer de jolies feuilles.

Au cours des prochains jours, alors que nous naviguons (très lentement) le long des routes de campagne sinueuses du parc, bordées d’orangers jaune vif et rouille, nous expérimentons l’énergie particulière du Morvan – et son caractère canadien – une délicieuse occasion après l’autre.

La randonnée sur certains des 1 500 kilomètres de sentiers du parc, le crépitement des feuilles mortes et la douce lumière d’automne qui tombe en cascade à travers les arbres, apaise nos esprits et nous plonge dans des forêts intactes depuis la création du parc, peut-être pas aussi denses que celles du fond des Nord canadien, mais proche.

Le salon bibliothèque du relais relais Bernard Loiseau historique.

On se rend compte de l’importance sous-estimée des tourbières d’une réserve protégée en bordure du lac de Saint-Agnan, à l’image des marais bordant les routes de campagne de l’Ontario. C’est encore plus souligné à la Maison du Parc et ses sentiers de découverte de la nature, que l’on serpente sous le regard des vaches limousines au pâturage.

Après une randonnée ardue jusqu’au Rocher de la Pérouse, haut de 556 mètres, ce qui nous reste de souffle est emporté par un panorama grandiose sur les collines brumeuses du parc, rappelant la vallée de l’Outaouais. Nous absorbons des vues plus sensationnelles – et une leçon d’histoire française – en visitant les vestiges vieux de 2 000 ans de Bibracte, autrefois la capitale de la tribu gauloise Aedui.

Bien que la bruine nous empêche de faire la balade en canot que j’espérais, nous découvrons les célèbres lacs du parc et réalisons le «rêve canadien» d’un chalet au bord du lac en séjournant au Domaine de la Cabane Verte. Situé au-dessus du lac des Settons, le plus grand des six lacs du Morvan, le petit complexe dispose de 42 cabanes en bois et caravanes de style vardo ainsi que d’une gamme d’activités de plein air, des sports nautiques classiques aux bains de forêt.

La basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, vieille de 870 ans.

« Nous avons créé un lieu où les gens peuvent se retrouver, se reconnecter avec le cosmos, explique le fondateur Marc Halévy. Assis sur le pont de notre cabine, avec une vue encadrée d’arbres sur le lac et des gouttes de pluie qui crépitent au-dessus de ma tête, le cadre serein me rapproche de la nature et me rappelle les propriétés réparatrices que les chalets canadiens offrent également.

Découvrir la nature du Morvan ne se fait pas que par les yeux et les pieds. Nous sommes en France après tout, où les produits du terroir d’une région sont essentiels à ce qui la rend unique. La protection des espaces environnementaux et du patrimoine culturel en péril est une mission fondamentale des Parcs naturels régionaux. Pour favoriser cela, les produits durables peuvent obtenir le label « Valeurs Parc ». On les recherche lors de notre séjour, du vin des Vignerons de la Colline Éternelle, une cave coopérative au pied de Vézelay, à un nouveau fromage, la Cabrache, inventé en partie par la Ferme du Rebout près de Bibracte.

Quelques habitants de La Ferme du Rebout.

Le patrimoine culinaire du Morvan est surtout célébré au Relais Bernard Loiseau. Relais de poste historique redynamisé dans les années 1980 par le regretté chef innovant Bernard Loiseau, Patrick Bertron dirige depuis son décès en 2003 son célèbre restaurant doublement étoilé, La Côte d’Or.

« Chaque plat de la carte a un côté morvandin », nous confie Bertron avant de goûter à sa vision gastronomique du terroir de la région. « Il y a bien plus de choses surprenantes dans la nature que dans un potager. »

Bertron s’approvisionne le plus possible en produits locaux, dont certains cueillis dans les forêts du parc. Les liens du Relais avec la nature locale se prolongent dans son hôtel cinq étoiles, avec ses poutres en bois morvandiennes, ses tuiles traditionnelles bourguignonnes et ses cheminées en pierre. Après nos journées d’explorations en plein air, nos os fatigués apprécient son spa primé.

Le menu dégustation du restaurant doublement étoilé La Côte d'Or.

« Les gens viennent ici pour se ressourcer, raconte Dominique Loiseau, la veuve de Bernard, qui dirige le Groupe Bernard Loiseau avec leurs enfants. Elle a acheté un terrain à quelques minutes en voiture du Relais, où ils prévoient de s’agrandir avec un écolodge et des expériences nature. Avec ses étangs, ses champs et ses forêts, c’est son « petit coin de Canada ».

Ai-je découvert mon petit bout de Canada dans le Morvan ? Pas une réplique, mais à la place j’obtiens le meilleur des deux mondes : un endroit où la feuille d’érable rouge est échangée contre du sycomore jaune et du cheddar contre du cabrache ; un endroit où la beauté naturelle s’accompagne de généreuses portions de cuisine et de culture.

L’hébergement et l’aide au voyage ont été fournis à l’écrivain Lily Heise par Le Relais Bernard Loiseau, La Cabane Verte et Maison du Parc, qui n’ont pas révisé ni approuvé cet article. Il est rappelé aux voyageurs de vérifier les restrictions de santé publique qui pourraient affecter leurs projets.



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