Comprendre le voyage historique de réconciliation du pape François avec les peuples autochtones du Canada| Registre national catholique

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Dimanche, le pape François entamera un voyage papal tout à fait unique en près de 50 ans de voyages papaux à l’étranger.

Ce ne sera pas un pèlerinage à toute l’Église au Canada, mais bien axé sur les peuples autochtones. Elle aura un caractère « pénitentiel », comme l’a caractérisé le Saint-Père lors de l’allocution de l’Angélus dimanche dernier. Et tandis que la plupart des voyages papaux ont plusieurs thèmes – histoire, famille, jeunesse, évangélisation, justice, etc. – celui-ci est exclusivement destiné à favoriser la «réconciliation» au sens où ce terme est devenu compris dans la politique canadienne.

Un peu d’histoire s’impose. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les Canadiens ont commencé à entendre des voix autochtones parler des « pensionnats indiens », une partie de l’histoire canadienne qui était restée largement cachée.

(Au cours des dernières décennies, le terme « Indien » – utilisé pendant la majeure partie de l’histoire du Canada – a été remplacé par « Autochtone » et maintenant « Autochtone ».)

À la fin du 19e siècle, le gouvernement canadien a institué une politique d’internats pour les enfants autochtones. L’éducation transmettrait la littératie et la numératie de base, mais avait également une dimension culturelle, faisant partie d’un projet d’assimilation le plus tristement célèbre exprimé comme « tuer l’Indien dans l’enfant ». Il était souvent interdit aux enfants autochtones de parler leur langue autochtone ou de porter leur costume traditionnel.

Au début, la fréquentation était volontaire, mais au début du XXe siècle, elle est devenue obligatoire, ce qui signifiait la séparation forcée des enfants de leur famille. La plupart des écoles ont fermé dans les années 1960, bien que quelques-unes soient restées dans les années 1980. Il est maintenant universellement considéré – par les dirigeants de l’Église, de l’État et des Autochtones – comme un chapitre sombre de l’histoire canadienne.

Alors que les écoles étaient instituées et financées par le gouvernement canadien, le fonctionnement des écoles était confié aux églises. Les catholiques dirigeaient environ les deux tiers des écoles; le tiers restant était dirigé par des protestants. La majorité des écoles catholiques étaient dirigées par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (OMI).

Le témoignage de ceux qui sont maintenant reconnus comme des « survivants » a commencé en 1990. Ils ont parlé de maladies et d’un assainissement, d’une nutrition et de soins de santé inadéquats ainsi que, de manière poignante, d’abus physiques et sexuels.
Depuis plus de 30 ans, les Canadiens consacrent une énergie considérable à l’héritage des pensionnats. Il y a eu un règlement financier en 2006 de près de 4 milliards de dollars, auquel le gouvernement et les églises ont participé.

Le gouvernement canadien a présenté des excuses officielles à la Chambre des communes à Ottawa en 2008. Le pape Benoît XVI a présenté des excuses à une délégation de dirigeants autochtones au Vatican en 2009.

Puis vint la Commission de vérité et réconciliation (CVR), une enquête mise sur pied par le gouvernement fédéral. Il a publié un rapport en 2015 et dressé une liste d' »appels à l’action ». Ignorant les excuses de 2009 du pape Benoît XVI, la CVR a exigé que le pape François apparaisse au Canada « dans un délai d’un an » pour s’excuser à nouveau.

L’Église au Canada a choisi pas pour défendre les excuses de Benedict, ni les dizaines d’excuses qui avaient été offertes par les diverses entités catholiques impliquées, à commencer par des excuses complètes de l’OMI en 1991, bien avant que la plupart des Canadiens ne soient même au courant de l’histoire des pensionnats.

En 2015, on pensait que la question resterait en sommeil et, en attendant, le travail quotidien de coopération au niveau local se poursuivrait.

La découverte de tombes anonymes sur d’anciens sites de pensionnats en mai 2021 a créé une fureur internationale sur ce qui était parfois signalé comme des « fosses communes », impliquant un massacre d’enfants autochtones. Cela n’a jamais été le cas, mais le désinformation massive a généré une controverse brûlante qui a secoué à la fois le gouvernement canadien et les évêques catholiques.

Le gouvernement fédéral a engagé des centaines de millions de dollars pour l’exploration des sépultures. À ce jour, pas une telle exploration s’est passé.

La colère contre l’Église catholique s’est manifestée non seulement par des mots, mais par le vandalisme dans des dizaines d’églises catholiques, y compris des incendies dans quelques églises dans des réserves autochtones.

Les évêques du Canada ont ainsi renouvelé leurs diverses excuses individuelles dans une déclaration unifiée en septembre dernier et se sont engagés à recueillir 30 millions de dollars pour des projets de réconciliation au cours des cinq prochaines années. « Réconciliation » est le terme générique pour traiter de l’héritage des pensionnats.
Et, plus symbolique, les évêques se sont engagés à demander au pape François de se rendre au Canada pour s’excuser sur les terres autochtones, comme l’a demandé la CVR en 2015.

Avant la découverte en 2021 d’éventuels lieux de sépulture, les évêques avaient déjà travaillé sur une deuxième réunion papale à Rome, pour renouveler les excuses offertes par Benoît en 2009. Celle-ci avait été retardée par la pandémie, mais s’est finalement tenue en mars et avril 2022, lorsque le Saint-Père a passé cinq heures sans précédent avec des groupes autochtones au cours de la semaine. Il a ensuite présenté des excuses profondes et puissantes et s’est engagé à visiter le Canada.

Le Saint-Père a choisi le mois de juillet pour la visite afin de célébrer la fête de Sainte-Anne (26 juillet) avec les catholiques indigènes, dont la dévotion à la grand-mère de Jésus est conforme au respect qu’ils accordent à leurs aînés. Le pèlerinage catholique annuel au Lac Ste. Anne (près d’Edmonton) est le plus grand événement religieux annuel pour les Canadiens autochtones, dont la majorité sont chrétiens. Le pape François sera présent mardi.

Le pape passera six jours au Canada, le premier jour étant entièrement consacré au repos. Il arrivera à Edmonton dimanche et organisera ensuite quatre événements sur deux jours, qui doivent tous être limités à une heure par respect pour la santé récemment diminuée du Saint-Père.

Mercredi, il se rendra à Québec, le premier diocèse catholique en Amérique du Nord. Avec quatre autres événements sur trois jours là-bas, il devrait élever les 200 ans d’histoire catholique-autochtone qui ont précédé le premier pensionnat. En effet, saint François de Laval, premier évêque du Canada, a été accéléré vers la canonisation par le pape François en partie à cause de sa défense de la dignité des peuples autochtones.

Lors de son dernier jour au Canada, le pape François se rendra dans le Grand Nord pour rencontrer les Inuits à Iqaluit avant de retourner pour la nuit à Rome.

Les excuses du pape François au Vatican – qui étaient sincères, théologiquement prudentes et rhétoriquement lyriques – semblent avoir rendu la visite réelle décevante. Ce que le Saint-Père dira, il l’a déjà dit — et a été dit par d’autres depuis plus de 30 ans. Alors qu’une visite papale est toujours un temps de grâce, les dirigeants catholiques parlent – officieusement – du voyage comme d’une étape nécessaire qu’ils ont hâte de faire et de franchir.

Du côté autochtone, il y a eu quelques manque d’intérêt dans les événements papaux et manque de coordination pour ceux qui souhaitent y assister, même si le gouvernement fédéral a engagé 35 millions de dollars pour apporte des survivants pour rencontrer le Pape.

Les évêques catholiques financeront Coût de 15 millions de dollars de la visite papale, en plus de l’engagement antérieur pour des projets de réconciliation. Ce ne sera pas facile, car la majorité des diocèses canadiens sont à court d’argent.

La visite papale mettra en évidence deux réalités concurrentes.

Ce qui retiendra le plus l’attention, c’est la relation entre les dirigeants politiques autochtones et les évêques catholiques – une relation tendue marquée par la suspicion de mauvais motifs des deux côtés. L’autre réalité est la de vraies bonnes relations au niveau paroissial et diocésain qui marquent la vie de la plupart des catholiques autochtones, où la réconciliation est en cours depuis trois décennies.

Ce sera la quatrième visite papale au Canada. Saint Jean-Paul II a fait un voyage à travers le pays de 12 jours – l’un de ses plus longs dans un seul pays – en 1984. Lors de ce voyage, le mauvais temps l’a empêché de visiter les Canadiens autochtones dans le Grand Nord, alors il est revenu en 1987. Dans ce but. Son troisième voyage a eu lieu en 2002 pour les Journées mondiales de la jeunesse à Toronto. Le pape Benoît XVI n’est pas venu au Canada.



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